Le Jardin japonais à Hasselt
Parcourir le monde !
L’été est à notre porte… et l’envie soudaine nous prend de partir !
Pourquoi pas un petit tour au Japon ?
Alors que je terminais mon article du bulletin 127, page 21, par ces mots : « Le bonheur de tous ces instants était bien à Hasselt ! », j’avais déjà envie de vous y emmener à nouveau !
Car à l’extérieur de la ville, un petit bout du Japon y a pris amicalement racine ! Un cadeau vivant, un jardin créé par l’architecte, Takuyuki Inoue, en 1992 et qui fleurit depuis pour célébrer le rapprochement de la culture japonaise et de sa ville sœur.
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Photo : Freepik
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C’est un beau voyage que nous allons commencer pour comprendre, pas à pas, « l’esprit » du jardin japonais. Et pour amorcer cette démarche, suivons Annie Haerinck sur le chemin de ses haïkus, figures traditionnelles de la poésie japonaise. Voici un extrait de son Carnet de route :
« Belle butine
En fourreau de velours or
Au buffet des fleurs. »
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Un voyage au sein de la tradition antique entre symbolisme et idéalisation de la nature et du monde
Introduction
Si l’art du jardinage au Japon est historiquement religieux et ésotérique (premiers témoignages vers 300 av. J.-C.), il a été enseigné oralement, depuis le XIe siècle (*), par des maîtres dont les écrits étaient tenus secrets et peu diffusés.
A partir du XVIIe s., les connaissances seront vulgarisées dans des écoles techniques car jardinier devint une profession à part entière.
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Notre parcours se déroule en trois étapes « spirituelles » en découvrant les trois parties du jardin.
1. Espace de transition entre le Kapermolen et le jardin
La promenade commence dans la partie aménagée à l’occidentale en 1982, avant la création du jardin japonais traditionnel. L’entrée est conçue pour apaiser le visiteur.
Nous profitons ainsi des allées larges et d’une végétation légère, mais qui se structure au fur et à mesure, visant le dépaysement. Et nous apprivoisons le silence.
A nous d’ouvrir les yeux, de chercher le détail, de capturer la profondeur, d’entraîner notre regard au-delà de la dissimulation, de trouver les symboles… car le jardin japonais est une tentative d’idéaliser et de recréer la nature et le monde à une échelle réduite et chaque élément (eau, rochers, ponts, sanctuaires, faune et flore) fait partie d’un tout et possède une résonance spirituelle qui doit son origine dans le bouddhisme zen (*).

Les rochers par exemple et les arbustes taillés créent une ambiance sereine avant de pénétrer dans le cœur du jardin. Nous croisons le plus souvent trois roches disposées minutieusement côte à côte et de hauteurs variables qui symbolisent le ciel, l’homme et la terre. Au loin, les silhouettes des érables nous saluent… alors que les massifs d’azalées et de rhododendrons nous font ralentir pour les admirer. Nous avons abandonné la vie trépidante « à la mode de chez nous » et nous sommes prêts à vivre l’expérience d’une autre culture.
2. Le jardin authentique dans la tradition japonaise
Dans cet espace, tout est un enchantement ! Une explosion de couleurs et de parfums ! Ses érables, ses cerisiers en fleurs, ses pins sylvestres, ses camélias, ses bambous, ses cornouillers, ses viviers à iris, à carpes japonaises et ses mousses nous plongent dans le cœur du jardin agencé autour de la pièce d’eau et de la cascade.
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(*) Ouvrage de référence : le « Sakuteiki de Tachibana no Toshitsuma » (1028-1094), le plus ancien manuel de jardinage japonais.
(*) Le zen est une branche du bouddhisme répandue au Japon, mettant l’accent sur la méditation de Siddharta Gautama (Bouddha) par laquelle il obtint l’éveil, il y a plus de 2 500 ans en Inde.
Nous empruntons le sentier menant au pont à huit planches en zig-zag, appelé Yatsuhashi. Cette construction « déstructurée » est étonnante parce qu’un pont devrait être en ligne droite ! Dans un jardin japonais traditionnel : JAMAIS !
Je vous avais prévenus ! Tout est symbolique et tout a un rapport avec le monde spirituel. Tout d’abord, sa forme doit éloigner les mauvais esprits qui se perdent dans le zig-zag !
Ensuite, ce « zig-zag » nous oblige à ralentir le pas (angles à 90°) et à être attentifs pour ne pas tomber ! Voilà l’astuce !
Ce ralentissement nous invite à prendre le temps pour admirer les différentes perspectives du paysage : la cascade, l’eau qui file, les collines recréées…
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La cascade s’inspire du jardin
du temple Tenryuji de Kyoto,
datant du XIVe s.
C’est comme si nous y étions !
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Et sans nous en rendre compte nous avons accédé à une méditation toute naturelle. C’est cela une expérience zen et un hommage à la nature.
Nous observons encore un très gros rocher sous le rideau d’eau. Il symbolise la carpe japonaise ou koï qui saute contre la cascade. La légende raconte qu’après 100 ans, la koï atteint enfin le sommet où elle est transformée en dragon par les dieux. Ultime récompense pour sa persévérance !
Le Japon du XVIIe siècle se révèle à nous !
La maison de cérémonie ou Korokan, « havre de paix pour les voyageurs »
Tous les matériaux de la maison sont naturels : bois, bambou, papier ; tuiles en terre cuite et ardoises en cuivre pour le toit.
Calme, sérénité et solennité se dégagent de cet espace de vie. Le sol de certaines pièces est recouvert de tatamis et pour d’autres, de nattes tissées… L’hôte qui accueille sa famille et ses amis pour une fête nous attend dans la salle de réception offrant une belle vue sur l’étang.
La Salon de thé ou Jushoan
Située sur un petit promontoire artificiel, la maison qui surplombe le jardin est entourée de cerisiers et nous offre une vue sur l’étang principal. Nous pénétrons dans la maison et sommes étonnés par l’obscurité régnante. C’est voulu !
La salle de cérémonie du thé est presque entièrement entourée de murs en argile fermés, les fenêtres sont recouvertes de papier de riz, afin de s’isoler du monde extérieur et de pouvoir méditer en buvant son thé !
Et nous avons dû nous baisser pour entrer par la petite porte carrée en bas. C’est aussi voulu ! Car quel que soit notre statut social, chacun y entre sur un pied d’égalité !
Les carpes koïs et leur symbole : spiritualité au sein de la nature
Les escaliers, depuis la maison du thé, nous descendent jusqu’à la plage de galets qui nous rapproche des carpes. C’est une vraie attraction pour tous ! Elles ne sont pas farouches et viennent se nourrir en troupe colorée dès que nous ouvrons le petit sachet de nourriture prévue pour elles.
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De toutes leurs qualités naturelles, c’est la représentation d’une force indomptable qui les caractérise le mieux. N’oublions pas qu’elles se changent en dragon, une fois la cascade franchie !
Elles sont aussi le symbole des enfants, de la force et de la résilience à leur souhaiter, lors de leur fête le 5 mai (kodomo no hi).
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Alors, sur tous les toits des maisons au Japon ou dans les jardins, des carpes volantes fixées sur manche à air sont hissées ! Cette tradition remonte à la fin du XVIIIe s. chez les samouraïs qui dressaient des bannières pour célébrer la naissance de leurs fils.
Le sanctuaire Jizô
Ce lieu de recueillement invite chacun à un moment de méditation et de réflexion en considérant Jizô comme un guide bienveillant qui aide les âmes des défunts (en particulier, celles des enfants) à trouver leur chemin.
3. Au sein du parc : les cerisiers en fleurs, image d’une idéalisation
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Photos : Freepik
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Les cerisiers ont été nos compagnons de promenade dans tout le parc de 2,5 hectares.
On en compte plus de 250. Ils créent une atmosphère authentique près des maisons traditionnelles, comme au XVIIe s. ou bordent les chemins, se reflétant dans l’eau… Ici, en terminant notre promenade, dans ce parc dédié aux cerisiers, nous allons encore vivre une expérience culturelle et philosophique nous invitant à la réflexion et à la contemplation.
La floraison des cerisiers est d’une courte durée et symbolise l’éphémère. Mais aussi la force du renouveau de la nature, symbole de la vie qui reprend avec énergie et c’est bien lors de leur floraison (vers la mi-mars jusqu’à la mi-avril, selon la météo) que la splendeur des cerisiers est éblouissante !
A les contempler, nous en ressentons les bienfaits : un sentiment de vitalité et de renouveau. En levant la tête, le ciel s’est couvert des milliers de fleurs blanches et roses des cerisiers dont nous respirons le parfum doux et apaisant.
Il suffit pour nous, maintenant, d’adopter la coutume japonaise du hanami en nous réunissant pour contempler les cerisiers en fleurs, pique-niquer ici au calme sur la pelouse et célébrer le retour du printemps !
Et avant de nous quitter, allons sonner La Cloche de la Paix, face au sanctuaire Shinto, inaugurée en 2016. Elle représente la paix mondiale, l’amitié entre Hasselt et Itami et l’hommage aux victimes des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki.
Voilà, le monde idéalisé du jardin japonais que nous avons traversé le temps d’une promenade…
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Chloé Bindels
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Adresse :
Jardin japonais – Japanese tuin
Gouverneur Verwilghensingel 15, 3500 Hasselt (+32 11 23 96 66)
Sources :
– Guide de Promenade du Jardin japonais (2025) :
https://visit.hasselt.be/sites/visithasselt/files/2025-01/guide-de-promenade_0.pdf
– Jardin japonais Hasselt :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jardin japonais de Hasselt
https://www.visithasselt.be
– Le Guide du Routard : Belgique 2018, Editions Hachette
Dessins : Jessica De Mets – Photos : Chloé Bindels – Benoît Briffaut