Sur les pas de Nadine Monfils, en compagnie du commissaire Léon et de Babelutte
– De 1993 à 1995, Nadine Monfils a vécu et écrit à Anderlecht.
– Son personnage fétiche, le sympathique commissaire Léon, va nous emmener en promenade à Anderlecht, sur les pas de sa créatrice, avec l’aimable complicité du bourgmestre de l’époque, Eric Tomas. La relation de ce parcours, dont je me suis librement inspirée, est disponible sur le site internet du Service du Tourisme de la commune d’Anderlecht, à l’adresse suivante : https://www.anderlecht.be/sites/default/files/medias/Files/tourisme/monfils.pdf
– C’est ainsi que nous allons suivre le commissaire Léon et son fidèle basset Hound, Babelutte, sortis tout droit du polar Les Bonbons de Bruxelles, dans presque tous les lieux anderlechtois emblématiques qui ont inspiré Nadine Monfils dans son enquête. Séduite par le centre historique millénaire de la ville, elle nous le fait découvrir dans son polar en « envoyant » son compatriote le commissaire Léon y « patrouiller » pour remonter la piste d’un assassin en série.
En route ! Le commissaire Léon et Babelutte nous attendent !
Ils sont arrivés de Paris où le commissaire travaille et vit avec sa maman Ginette.
1. Les lieux de résidence de l’écrivain (pas au féminin, selon sa préférence) et leur environnement
Petit clin d’œil souvenir devant l’immeuble au 36, Rue Jules Broeren (1) où Nadine Monfils avait élu son premier domicile, au dernier étage…

Babelutte a la truffe en l’air ! Mais non, Babelutte ! Pas la peine de l’attendre ! Elle n’est plus là depuis longtemps ! Tant qu’à faire, tu peux aussi aller renifler au 3, à la Place du Droit.
D’après ce que je sais, c’est là dans son 2e appartement au 1er étage que tout en écrivant nos aventures, notre créatrice « voyageait » parmi les saveurs orientales qui s’échappaient du restaurant au rez-de-chaussée, « Chez Monji, le roi du couscous ».
Babelutte est déçu ! Le restaurant n’existe plus ! Il n’aura rien à se mettre sous la dent ! Le commissaire Léon s’installe un moment sur un banc… et commence à tricoter ! C’est son dada depuis qu’il a arrêté de fumer ! Mais Babelutte, à ses pieds, est impatient et se met en route ! Nous le suivons car son flair a repéré quelques bonnes boucheries sur le trajet allant de la Rue d’Aumale (2) jusqu’à la Place de la Résistance.
Petites notes historiques
(1) Abel (Jules) Broeren(1870-1926) a exercé les fonctions de conseiller communal et échevin socialiste à Anderlecht entre 1904 et 1926. En 1904, le bourgmestre était alors Georges Moreau.
Anderlecht : le nom proviendrait du celte « étang » (lacu/leth) et du gaulois « anderos » signifiant en contrebas ou bien relatif à la présence de génisses (andera)
Dans les langues celtiques modernes, « loch » désigne un lac ou un bras de mer.
Le nom Andreleth apparaît pour la première fois en 1046. A l’époque quatre villages en occupent le territoire actuel : Anderlecht et Aa, liés à deux puissantes seigneuries des bords de la Senne, Cureghem et Neerpede.
(2) Rue d’Aumale : elle fut tracée en 1876 et baptisée ainsi en 1877, en souvenir de Charles Ier de Lorraine, duc d’Aumale(1555-1631), fervent défenseur de la foi catholique contre Henri IV, roi de France et protestant (avant son abjuration et sa conversion au catholicisme en 1593). Condamné pour crime de lèse-majesté, il trouva refuge à Bruxelles, dans les Pays-Bas espagnols. Et à Anderlecht, il fit l’acquisition d’une propriété champêtre qui prit le nom de château d’Aumale. La rue traverse de part en part les parcelles de cet ancien domaine ducal. La station de métro Aumale porte également son nom.
2. Les sites historiques
La Place de la Résistance et la Justice de Paix
Le commissaire Léon et Babelutte n’en reviennent pas ! Ce samedi matin, la place est vide ! Le marché qui s’y tenait, a disparu ! Seul, le haut bâtiment de la Justice de Paix veille… Mais, Babelutte a soif ! En fait, ce chien a toujours soif ! Oui, tu auras ta gueuze ! Nadine Monfils a fait de mon Babelutte un amateur de gueuzes ! Qui va croire cela ? Et pourtant, c’est écrit ! Mon chien boit de la bière et moi, je tricote ! Qui va croire cela ?

Le jour du marché, Nadine Monfils aimait s’installer à une terrasse dans une des authentiques brasseries d’antan, y déguster quelques spécialités locales (des caricoles, par ex.), regarder passer la foule et s’imprégner de toute cette atmosphère typiquement bruxelloise, aux accents et expressions pittoresques qui ont nourri les dialogues de ses personnages dans son roman policier.
Petites notes historiques
– Place de la Résistance : anciennement, Place Wayez, elle fut rebaptisée le 16 décembre 1945 en honneur des héros civils et militaires de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, elle est devenue un espace polyvalent, convivial et semi-piétonnier.
–Justice de Paix : deux plaques commémoratives apposées sur la façade rappellent les actes de courage des policiers résistants du commissariat voisin qui fabriquaient des faux papiers et des laissez-passer pour protéger les citoyens traqués par l’occupant allemand. Ce superbe bâtiment combinant la brique rouge et la pierre bleue a été construit en 1898 dans le plus pur style néo-Renaissance flamande.
La Rue Wayez
Elle fut tracée en ligne droite entre 1878 et 1880, à l’initiative du directeur de la Société immobilière d’Anderlecht, Monsieur Wayez. Cette principale artère commerçante relie le pont du canal de Bruxelles à la place de la Vaillance et facilite les liaisons avec le centre-ville.

Nadine Monfils faisait régulièrement ses courses dans cette rue animée qui avait vu naître, dans les années 1950, les premières grandes surfaces commerciales (Priba, Nopri). En remontant vers le centre historique de la commune, dont elle va s’inspirer dans son polar, Nadine Monfils va y localiser un des meurtres du serial killer, Daniel Lomec.
Tout en arpentant la rue, le commissaire Léon bougonne contre Babelutte qui s’arrête devant presque toutes les boutiques ! Quelque 600 m, à parcourir ainsi ! Ce chien va me rendre fou ! Il ne s’arrête pas seulement devant les boucheries ou autres commerces de bouche ! Non ! Il entre aussi dans les magasins de chaussures ! Il est tombé amoureux des chaussures en cuir, depuis qu’il a passé une soirée mémorable avec la bottine odorante de mon ami, Chille (*)…
Je me retiens de vous décrire la scène pour vous laisser le plaisir de la découvrir en page 35, sous la plume bien inspirée de notre créatrice ! Je me demande si Nadine Monfils n’a pas fait de mon chien un attachant « débauché » ?
Enfin, le commissaire Léon va entrer en action ! Ne le perdons pas de vue ! Mais, où est Babelutte ? Où est passé ce chien ? Il a encore dû flairer quelque chose !
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(*) A Bruxelles, le commissaire Léon a l’habitude de dormir chez Chille, un homme d’une rare gentillesse, plein d’humour et membre actif de la Gay Pride.
La Place de la Vaillance, le Monument aux Morts et la Collégiale Saints-Pierre-et-Guidon
Babelutte, la truffe en l’air, a filé droit devant et quand le commissaire Léon le retrouve enfin, il est assis devant le Monument aux Morts !
Mais à quoi pense ce chien ? Il ne quitte pas des yeux un des deux personnages. Non Babelutte, ce n’est pas le portrait de notre ami Chille ! Allez, viens !

Petites notes historiques
Le Monument aux Morts est l’œuvre de l’artiste anderlechtois, Victor Voets. Cette sculpture en bronze, inaugurée le 28 mai 1922, est dédiée aux morts et héros de la Première Guerre mondiale. Cette œuvre commémorative a motivé le changement de nom de la place de la Plaine en place de la Vaillance. La figure féminine, la Victoire,couvre de lauriers un civil et un militaire qui se tiennent la main, symbolisant l’union sacrée et le courage civil et militaire de la nation belge. En 2002, ont été ajoutées les dates de « 1940-1945 » en souvenir des victimes du second conflit mondial.
La Place de la Vaillance
Cette place carrée d’environ 20 000 m² est le centre historique et le cœur de la commune. Les habitations construites dans les années 1910 et 1920 ont dû respecter une harmonie architecturale imposée s’inspirant du style néo-Renaissance flamande pour les façades avec des pignons baroques, comme aux XVIe et XVIIe siècle.

Nadine Monfils aimait tout particulièrement flâner à la Place de la Vaillance, appréciant son côté villageois, un peu comme à Bruges, où tous les habitants se rencontrent lors des marchés hebdomadaires et autres fêtes communales.
C’est l’occasion pour le commissaire Léon et Babelutte de faire une pause. Les terrasses des brasseries ne manquent pas. Viens Babelutte, j’ai tant envie d’une tartine de « plattekeis » (tartine au fromage blanc, servie avec des radis rouges et des petits oignons) accompagnée d’une gueuze… Et la vue d’ici sur la Collégiale est superbe !
La Collégiale Saints-Pierre-et-Guidon
La Place de la Vaillance est dominée par la Collégiale Saints-Pierre-et-Guidon : Guidon (ou Guy d’Anderlecht), né à Anderlecht vers 950, était un laboureur vénéré, devenu le patron des paysans et protecteur des chevaux.
Il décède au retour de son pèlerinage à Jérusalem, épuisé par une sévère dysenterie, le 12 septembre 1012 (selon les récits hagiographiques médiévaux imprégnés de légendes. Il est canonisé en 1112).

L’église Saint-Pierre mentionnée pour la 1re fois en 1075, était alors le principal lieu de culte catholique du village d’Anderlecht.

Sous son chœur, la Collégiale a conservé la première chapelle romane (peut-être antérieure au XIe s.), où une très ancienne pierre tombale, sans inscription, pourrait correspondre, selon la tradition des pèlerinages, au tombeau de saint Guidon. Ce qui a déterminé sa dénomination de crypte.

L’édifice actuel fut construit de 1350 à 1527 et relève du style gothique flamboyant. La tour carrée de 1517, réalisée en pierres de Dilbeek et craie calcaire dure d’Avesne (commune française située entre Valenciennes et Cambrai) fut achevée en 1898 par une flèche octogonale de style néo-gothique. La collégiale prit le nom de Saints-Pierre-et-Guidon, un siècle après la mort de Saint Guidon.
Nadine Monfils a raconté qu’elle était fascinée par la Collégiale et par ses œuvres d’art, surtout par les supplices des martyrs chrétiens observés sur les fresques peintes et qui lui ont servi à imaginer la folie sanguinaire des tueurs en série. Comme sur cette fresque du supplice de l’évêque Saint Elme (ou saint Erasme de Formia, IIIe siècle) qui, sous le règne de l’empereur romain, Dioclétien, eut l’abdomen ouvert et les intestins enroulés autour d’un treuil (ou cabestan).
Et quand le commissaire Léon pousse la lourde porte de l’édifice religieux, alors que Babelutte doit l’attendre sur le parvis, il frissonne en découvrant toutes ces scènes horribles subies par les suppliciés qui ravivent son souvenir des meurtres de Daniel Lomec et qui le perturbent encore ! Je dois absolument trouver un endroit au calme ! Ah, voilà la crypte ! C’est vrai que Nadine Monfils dirige mes pas ! J’oublie parfois que je suis son personnage…
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Une ombre se dessine sur le sol ! C’est en effet étrange, j’ai l’impression d’être sorti du roman et d’avoir pris vie ! Qui sait ?
Le silence est apaisant et le tricot rassurant ! Le commissaire Léon tricote un paletot pour son chien. Et soudain ! Mais, j’ai oublié Babelutte ! J’espère qu’il m’attend sur le parvis ? Le commissaire Léon sort rapidement de la Collégiale, mais Babelutte a disparu ! Il court et s’engouffre dans la petite rue Porselein, toute proche, en espérant le retrouver.
La rue Porselein
Petite note historique
Au Moyen Age, la rue n’avait pas de nom. Son appellation tardive (vers 1850) « porselein » viendrait d’une erreur de traduction liée au nom néerlandais « postelein » signifiant « pourpier », cette plante comestible qui y poussait alors en abondance. Il est donc faux de croire que la rue Porselein évoque de la céramique (de la porcelaine). C’est un musée à ciel ouvert avec ses petites maisons colorées du XIXe siècle.
Comme tous ceux qui un jour la découvrent et tombent sous son charme, Nadine Monfils aimait beaucoup s’y promener parce que la rue Porselein est un univers à elle seule. En effet, comme surgie du Moyen Age, elle est « le gardien de la mémoire des habitants du passé » et rappelle à l’auteur, le quartier de Montmartre où elle vit encore aujourd’hui.
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Le commissaire Léon revient bredouille vers la place de la Vaillance. Mais où a bien pu filer ce chien ? Il est possible que Nadine Monfils ait fait courir Babelutte jusqu’au vieux Béguinage pour m’y attirer également et poursuivre mon enquête (un indice, page 83).
Le Béguinage
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Et en pénétrant dans le jardin clos, jouxtant l’Espace Maurice Carême, le commissaire est d’abord attiré par le puits orné de rosiers.
Il y jette un rapide coup d’œil car c’est dans ce puits que le gardien du Béguinage, M. Joiret, qu’il connaît bien, a trouvé le corps de Laura Legrand. Elle avait été étranglée et mutilée ! Son corps révélait un rituel sanguinaire, semblable à celui des autres victimes du meurtrier que poursuivait le commissaire Léon. Un meurtrier qui avait décidé d’imiter le serial killer, Daniel Lomec, alors emprisonné à Lantin.

Une affaire bien difficile à dénouer et un rituel sanguinaire si atrocement imaginé par notre narratrice que le commissaire Léon en est encore marqué.
Je ne peux vous raconter tout cela ! Alors, rendez-vous en page 99 pour y lire tous les détails du supplice infligé aux victimes ! Encore un peu de suspense et au bout de la 151e page, mon enquête vous dévoilera l’identité du meurtrier ! Mais avant tout, je dois retrouver Babelutte pour rentrer à Paris.
Petite note historique
Ce Béguinage, le plus petit du pays, fondé en 1252, était une institution à la fois laïque et religieuse. Seules, huit femmes, d’âge et de mœurs respectables, pouvaient y entrer sur présentation d’un des chanoines du chapitre. A la Révolution française, il fut fermé et transformé en musée en 1930. Sa visite se combine idéalement avec la Maison d’Erasme formant ensemble l’un des plus anciens complexes de musées communaux de notre pays.
La Maison d’Erasme
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Nadine Monfils aimait profiter de ces deux « havres de paix authentiques » en plein centre urbain, propices à son inspiration.
Le gardien du Béguinage termine toujours sa visite par la collection d’ex voto, le parloir et la salle préférée de Léon, le « Bollewinkel », pittoresque magasin de friandises et de petits jouets. Et soudainement, qui lui file entre les jambes ? Babelutte !
C’est incroyable ce chien ! Cela fait une heure que je te cherche et toi, « tu renifles à pleine truffe » dans ce Bollewinkel ! A la recherche de bonbons ? Allez ! On va rater notre train à la Gare du Midi, si ça continue ! En route pour Paris !
Et « Léon serra son chien dans ses bras. De toute la force de son amour. Et lui murmura qu’il était content. » (En p. 143, lisez la réponse de Babelutte car oui, il parle ! Pas étonnant ! C’est du « pur » Nadine Monfils !)

Sources écrites
– Mon article est librement inspiré du fascicule :« Sur les pas de Nadine Monfils à Anderlecht » édité par le Service du Tourisme, rue du Chapelain, 1-7 à 1070 Bruxelles. Vous pouvez le consulter sur :
https://www.anderlecht.be/sites/default/files/medias/Files/tourisme/monfils.pdf
– Extraits du roman de Nadine Monfils « Les Bonbons de Bruxelles », Editions Belfond, Paris, 2013
– https://fr.wikipedia.org/wiki/Nadine_Monfils
– Notes historiques : elles résultent des recherches effectuées sur Internet.
– Bulletin de l’ACD n° 113 page 3, article sur la visite guidée de la Maison d’Erasme et du Béguinage d’Anderlecht, le 21 mars 2023. Voir https://acd-dilbeek.be/wp-content/uploads/2024/05/113-acdjournal-03-04-2023.pdf
Source orale
Informations recueillies auprès du sacristain de la Collégiale Saints-Pierre-et-Guidon, le 17 juillet 2026(*)
Remarque relative à l’actualisation des informations données par Nadine Monfils lors de la rédaction de son parcours et celui que j’ai accompli ce 10 juillet 2026 en suivant ses pas : certains quartiers et leurs commerces ont changé à l’image de leurs habitants ; quasiment toutes les pièces du Béguinage sont vides des objets d’époque et je n’ai pas vu les ex-voto, ni le « bollewinkel » … Mais tout, absolument tout, a gardé un charme fou !
Chloé Bindels
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(*) Pour la visite de la crypte romane, prendre rendez-vous via le service du tourisme au 02 526 83 51.
Reportage photos : Chloé Bindels – Dessins : Jessica De Mets